A suivre ....
Le point de vue de Monsieur Gérard CUNIN (octobre
2007)
Tout en changeant de voie…
Alors que le chef de station porte le sifflet
à sa bouche, un son strident retentit. Le signal sonore s’éloigne et
s’atténue comme porté par une spirale qui se referme en
disparaissant dans le fond de la vallée de la Moselotte. Le petit
convoi est autorisé à quitter la station de Vagney. Pendant des
décennies les procédures de sécurité auront été respectées et une
fois encore le petit train n’aura pas dérogé à la règle. Dans un
bruit traditionnel de diesel qui s’accélère brutalement, la
« micheline » parée de ses couleurs rouge et jaune, entame son
dernier déplacement à destination de Cornimont. Au dessus de la
motrice, s’échappe un nuage bleu signifiant la mauvaise combustion
d’un moteur qui supporte de moins en moins les efforts.
Dans le sillage sinueux qui épouse
rigoureusement les courbes des rails, le petit train hésite une
dernière fois, à se faufiler dans les entrailles de la vallée.
Jadis, le tracé de la voie ferrée avait nécessité de découper les
obstacles rocheux pour donner un profil de pente douce, au chemin
ferré. L’autorail ondule et s’éloigne de la station de Vagney. Il
donne l’impression de tracer un ultime autographe à l’image du
poignet souple d’une star qui fut, pendant près d’un siècle,
l’animatrice de l’activité locale. Les rares voyageurs restés sur
le quai, observent le spectacle sans mot dire et sans réaliser que
demain 28 mai 1989, les passages à niveau resteront grand ouverts,
les portes de la station demeureront définitivement fermées et que
les aiguilles de son horloge s’immobiliseront

La raréfaction des voyageurs qui empruntent le
train pour leurs déplacements, conduit tout simplement la SNCF à
remettre en cause l’existence de toutes les petites lignes de voies
ferrées qui sillonnent nos vallées. L’arrêt de la fréquentation de
ces lignes laisse place à la friche qui commence à envahir
effrontément les ouvrages légués par nos courageux ancêtres. Lorsque
les rails seront récupérés pour le recyclage du fer, la nature
reprendra ses droits et fera disparaître sous son manteau végétal
anarchiquement constitué, toute la belle réalisation qui contribuait
aux échanges commerciaux et aux transports des habitants de notre
massif. Il faut donc faire appel au patrimoine local que constitue
partiellement la voie ferrée des vallées pour s’offrir un atout
touristique et donner les moyens à nos skieurs de s’entraîner
assidûment. Avec la disparition de l’industrie du textile et le
manque d’enneigement qui influe sur la fréquentation touristique,
notre région ressent un sentiment de désarroi face à ce qui pourrait
être qualifié de sinistre. Il s’agit alors d’imaginer, de
convaincre, de se battre et de construire.
A la fin des années soixante dix, le massif
vosgien bénéficie d’un enneigement abondant. Nos skieurs de fond,
connaissent des heures glorieuses. A leur tête, un champion survole
la discipline du ski de fond en la personne de Jean-Paul PIERRAT né
à Xonrupt le 3 juillet 1952. Son éloquent palmarès avec ses trente
deux titres de champion de France, sa troisième place aux
championnats du monde de ski nordique sur 50 km, en 1978 à Lahti en
Finlande et sa victoire dans la Vasaloppet, a très certainement
favorisé l’aboutissement du projet de la voie verte.
Le déclin des performances de nos skieurs,
constaté au cours des années qui ont suivi la baisse de
fréquentation de nos stations de ski par les touristes, est
indéniablement la conséquence du manque de neige. La neige déserte
nos sommets de moyenne montagne et désormais, seule l’imagination et
l’innovation peuvent être salvatrices. A l’issue d’une réunion de
concertation entre le maire de Vagney , monsieur Jacques Mougin et
monsieur Paul Grégoire, du ski club de Vagney-Rochesson, il est
convenu de mettre en œuvre tous les moyens pour promouvoir le ski de
fond et offrir des activités de loisirs aux touristes. Le conseil
général après avoir été alerté de la difficulté à survivre du ski de
compétition dans la région et du besoin d’améliorer l’accueil
touristique, saisit le cabinet d’étude parisien « Détente ».
Celui-ci préconise, en ce qui concerne le ski de fond, de
développer le ski-roues qui permettra entre autres, un entraînement
régulier étalé sur toute l’année. Pour permettre une pratique du
ski-roues, il est nécessaire de réaliser une piste spécifique à
cette activité. Une piste qui pourrait également être utile au
développement d’activités multiples. L’idée de transformer la voie
ferrée de Vagney- Cornimont en une voie aménagée pour tous, se
cristallise.

Dix ans représenteront la période de gestation
du projet. Dans un premier temps, il s’agit de promouvoir l’idée et
de la faire admettre comme judicieuse et utile. La création de
l’association « Ballast » a pour objectif de populariser l’idée. Les
nombreuses réunions de concertation et d’information doivent
absolument réconcilier les récalcitrants avec le projet.
Désormais il faut agir concrètement et montrer
sa volonté d’aboutir.
Chaque commune riveraine fait valoir son droit
de préemption afin d’éviter le morcellement du tracé et la
dispersion des efforts nécessaires à la mise sur pied de ce vaste
chantier. Justement, dans l’esprit de cette action, les nombreuses
réunions de concertation, débouchent sur la création d’un syndicat
regroupant seize communes de la vallée de la Moselotte et de ses
affluents. Ce syndicat, toujours actif actuellement, a pour vocation
de gérer, entretenir, développer et animer la future structure.
Le Conseil Général, par la voix de son
président, soutient le projet et décide de se positionner en maître
d’ouvrage de la future réalisation. Il acquiert en conséquence,
l’emprise foncière et fait réaliser les travaux. C’est ainsi que le
24 juillet 1999, est inaugurée la première tranche de la voie verte
entre Remiremont et Saulxures sur Moselotte.

Usagers de la voie verte, lorsque vous arrivez
aujourd’hui, à Remiremont, juste avant de quitter ce ruban
d’asphalte qui pendant de nombreuses heures vous a offert
d’agréables sensations de glisse ou de déplacement confortable à
vélo, avancez encore un peu. Satisfaites votre curiosité et
rejoignez quelques mètres plus loin notre champion du monde de
vitesse sur rails, le train à grande vitesse. Il stationne à
proximité du parking d’où prend naissance la voie verte. Son profil
majestueux respectant un parfait aérodynamisme va en un éclair, vous
faire oublier les voyages d’antan dans cette micheline
brinquebalante qui sillonnait nos campagnes. Envahis par la fierté
de connaître une région qui a su saisir l’opportunité de vous faire
transporter à grande vitesse vers un havre de calme et de détente
sportive, vous refuserez le moindre espace à la nostalgie.